5 ans (et demi)
Lorsque j’ai commencé à travailler à la maison d’enfants, en 2020, en tant que responsable de service éducatif, je n’en menais pas large. La mission me semblait immense. Mes amis, ma famille, et toutes les personnes avec qui je parlais de ce nouveau poste, me disaient : « oh là là ! tu es sûre que tu vas le supporter ? ». Et moi, j’étais à la fois exaltée et un peu inquiète, car en effet, l’image du secteur de la protection de l’enfance, en particulier de l’hébergement, était plutôt catastrophiste…
Les premières semaines, en effet, ont été éprouvantes. On sortait du confinement, les professionnel.les étaient épuisé.es, certains enfants très perturbés. Il a fallu petit à petit construire collectivement un nouvel équilibre, repenser la gestion du temps et des espaces, recruter des personnes stables et engagées, tout cela en adéquation avec les projets des enfants accueillis.
Aujourd’hui, 5 ans et demi plus tard, venir à la maison d’enfants quotidiennement, pour moi, ce n’est pas venir au travail, c’est habiter quelques heures par jour avec les enfants. C’est travailler avec eux et pour eux, manger avec eux pour mieux les connaître, c’est être disponible à tout moment quitte à interrompre des tâches pour les écouter, les conseiller, et soutenir l’équipe éducative, omniprésente et engagée, dans leurs accompagnements.
Aujourd’hui, lorsqu’on passe la porte de la maison d’enfants, on ressent une forme de sérénité, de la joie. Les enfants sont accueillants, souriants. Et ça joue ! et ça court ! les rires résonnent dans toute la maison.
Bien sûr, il y a les moments de tristesse, de manque, les peurs, les angoisses, les révoltes… la maison est aussi l’espace de liberté, où l’on peut déposer tout cela sans craindre de se voir rejeté, sans craindre de perdre le lien avec l’adulte. L’éducateur.ice est armé.e pour recevoir ces émotions sans que cela l’affecte.
"j’espère que les maisons d’enfants seront soutenues et promues en tant que lieux de vie et d’épanouissement"
La maison est aussi un espace qui doit ressembler le plus possible à un lieu familial, elle est bien entretenue et investie. Les espaces extérieurs accueillent un petit potager, des lapins. L’espace de lecture est alimenté par un membre de l’équipe féru de littérature. Parfois, le mercredi, le week-end ou pendant les vacances, une bonne odeur de gâteau monte jusqu’à mon bureau.
La maison d’enfants, aujourd’hui, joue son rôle de cocon protecteur. Elle appartient aux enfants, qui peuvent proposer tous les changements qu’ils jugent utiles. Si les demandes sont adaptées et si les moyens à mobiliser sont raisonnables, ils pourront les concrétiser.
Il y a encore et il y aura toujours beaucoup à faire encore pour améliorer le quotidien. Des projets sont toujours en cours : une salle de musique, une pièce de retrait/apaisement, l’aménagement du jardin…
Tout sera fait en tout cas pour améliorer progressivement le quotidien des enfants, leur bien-être. Tout viendra contrecarrer les images que la télévision, de manière souvent caricaturale, renvoie de l’action des structures d’hébergement.
Tout sera fait pour faire de ce lieu un endroit sécure, protégé des problématiques familiales sans pour autant rompre le lien avec la famille. L’idée n’est pas de concurrencer les parents dans la relation qu’ils entretiennent avec leurs enfants, mais de la suppléer, de l’assister pour que puissent se restaurer des liens parfois altérés par des histoires de vie complexes et difficiles.
J’espère, dans 5 ans, écrire un nouveau texte encore plus positif et pour cela, j’espère que les maisons d’enfants seront soutenues et promues en tant que lieux de vie et d’épanouissement, en partenariat avec toutes les instances de la cité (Département, mairie, écoles, maisons de santé, justice, centres de loisirs, associations…), dans la construction commune d’un avenir prometteur pour les enfants de l’association Sainte Marie quelle que soit leurs origines culturelle, sociale, religieuse.
Anne V.